Pour un shoot de dopamine

Pour un shoot de dopamine

 

Groupe malheureusement trop méconnu en France malgré une carrière impressionnante, Thunder nous délivre un nouvel album qui devrait ravir les fans de classic rock, southern rock et blues rock. Dopamine se veut un pamphlet de notre société instagrammée. Rencontre avec Danny Bowes (chant) et Luke Morley (guitare). [Interview par François Capdeville]

Messieurs, avez-vous trouvé votre Western Sky ? (En référence au single)

Luke - Il y a dix ans, on a démarré une collaboration avec une association dédiée à la protection de l’enfance. Chaque été, un voyage était organisé avec des donateurs pour lever des fonds dans le wild wild west aux US et au Canada. Ce titre "Western Sky" renvoie à cet esprit d’aventure qui nous avait animé à l'époque quand nous traversions des petits villages perdus.

Quelle était votre dopamine dans les 90’s ?

Luke - Probablement l’alcool. On était jeune, on a eu du succès très vite. On est passé des concerts joués dans des pubs devant 15 péquins au Hammersmith London. Notre carrière a démarré de manière fulgurante. Et évidemment, on s’est bien marré les premières années. Nous étions dans l’insouciance.

Danny - Notre dopamine, c’était le plaisir de jouer ensemble. Et ça l’est encore.

La couverture de Dopamine dénonce clairement une société basée sur l’image et régie par les réseaux sociaux. Quel est votre constat ?

Danny - Aujourd’hui, notre quotidien est régi par l’addiction aux réseaux sociaux, portée par les neurotransmetteurs… Plus tu as, plus tu en veux. Une bonne partie des habitants de cette planète mesure leur valeur en fonction du nombre de like reçus. Nous ne sommes pas de cette génération et c’est un phénomène qui nous a interpellé.

Luke - C’est ce que montre la couverture de notre album qui met en scène deux femmes obnubilées par leurs images. Quand tu retournes l'album, il y a une licorne dans le miroir. A chacun d'interpréter.

Votre carrière est particulièrement riche, marquée par 18 albums et 40 années dédiées au rock n’roll. De quoi êtes-vous le plus fier ?

Luke - Probablement du fait que nous soyons toujours présents dans l’industrie de la musique. Le métier de musicien est tellement semé d’embûches qu’afficher 40 ans de carrière est rare.

Danny - La seule chose que nous avons réussi à pleinement à contrôler dans notre vie d’artistes est notre musique. Nous ne pouvons pas contrôler les tendances de marché, les envies des gens, encore moins les choix de l’industrie. Et donc être toujours là est un tour de force. Heureusement que nous pouvons compter sur nos fans qui achètent nos disques, mais aussi sur les journalistes qui aiment notre travail et les magazines de musique

Quelle a la clé de la longévité d’un groupe ?

Luke - Je dirais d’accepter de prendre du plaisir au travail. Et ceci est valable dans n’importe quel métier. Si ensuite, tu as la chance d’être payé pour ce que tu aimes et sais faire, alors tu peux t’estimer bien chanceux.

Danny - Je préciserais qu’il faut savoir reconnaître sa chance avec humilité. Nous avons beaucoup travaillé, nous n’avons pas compté les heures. Mais comme nous étions heureux, nous travaillons encore plus pour obtenir ce que nous voulions. C’est comme un cercle vertueux. 

Regrettez-vous quelque chose en particulier ?

Luke - Peut-être de ne pas avoir réussi à avoir du succès aux US alors que notre carrière décollait en Europe. Nous avons eu un démarrage très fort : nous avons été soutenus par Capitol, puis Geffen Records. Nous avons eu des vidéos sur MTV. Mais ça n’a pas suffi. Je me souviens que pour notre première tournée aux côtés de Cinderella et David Lee Roth, notre tour manager nous appelle pour annoncer que les ventes sont faibles à cause du grunge. Jamais entendu parler... Nous étions arrivés à un tournant de l’histoire du rock.

Danny Bowes (chant) et Luke Morley (guitare) [photo : François Capdeville]

Pourtant des groupes comme Black Crowes dont vous vous rapprochez musicalement ont eu une carrière solide….

Luke - C’est vrai… Mais, les médias nous ont catalogué Heavy Metal ce qui ne nous as pas rendu service. Et tourner aux US coûte cher. 

Danny - On l’a digéré. Et puis, on a eu beaucoup de succès dans d'autres pays comme au Japon ou en Allemagne.

Et en France ?

Bizarrement, nous n’avons jamais vraiment percé. Nous avons dû faire deux shows et un festival il y a vingt ans. Mais, ne vous inquiétez pas car… nous serons sur la scène du Hellfest cet été et nous sommes vraiment ravis de jouer pour vous.

Ma dernière question est intime. Si, dans cette pièce, vous rencontriez l’enfant de 10 ans que vous étiez, que lui diriez-vous ?

Luke - J'ai découvert T-Rex à onze ans. Et j’ai une révélation. J’ai su que c'était ce que je voulais faire: faire de la musique et jouer du rock. Il faut croire en ses rêves.

Danny - Je lui dirais que le voyage ne sera pas facile, mais que ce sera une expérience extrêmement riche. « Enjoy the good beats ». Fais toi plaisir. Il y a des hauts et des bas… Mais c’est normal. Seuls les vieux peuvent se permettre de faire de la philosophie. Quand on est jeune on est dans l’action, on fait des erreurs et c’est normal. Car c’est comme cela que l’on apprend.

> Lire notre chronique


Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être affichés