Hangman’s Chair + Der Weg Einer Freiheit + Amenra + Igorrr - Paris, 23/03/20

Hangman’s Chair + Der Weg Einer Freiheit + Amenra + Igorrr - Paris, 23/03/20

Texte Anna Grésillon

Photo : Nidhal Marzouk

Il y a des jours comme ça où la vie nous gâte. Le jeudi 23 mars en fut un bel exemple. En effet, ce soir-là, la communauté métal parisienne a eu le droit à un line-up de taille : Hangman’s Chair + Der Weg Einer Freiheit + Amenra + Igorrr… Un vrai festin de métalleux dont nous avons savouré chaque bouchée

Hangman's Chair - Photo : Nidhal Marzouk

Et pour entamer de telles festivités, quoi de mieux que du bon stoner ? Alors que l’élégante salle Pleyel se remplit peu à peu de métalleux de tous bords, le groupe français Hangman’s Chair nous fait le plaisir d’entamer ses premières notes sombres, nous plongeant dans une obscurité rouge qui leur allait comme un gant. À la fois sobres et imposants, ils entament les premières notes de “An Ode to Breakdown”, qui est le premier titre de leur dernier album A Loner, sorti en 2022. Ils poursuivent ensuite leur périple musical avec les titres “Cold & Distant” ainsi que “Who wants to Die Old”, qui figurent parmi leurs morceaux les plus écoutés. Viscéral, profond, Hangman’s Chair nous marque par sa froideur et par cette fougue qui vous prend aux tripes dès les premières notes. Le rythme lent ainsi mêlé à la voix teintée de désespoir du chanteur Cédric Toufouti, nous emporte systématiquement dans un tourbillon à la fois mélancolique et poétique, nous entraînant dans un désespoir pourtant véritablement savoureux. Ils mirent fin à leur set avec “Naïve”, nous berçant une dernière fois avec une complainte torturée, dont le final abrupt nous laisse aussi frustré qu’admiratif.

Désemparés par ce set aussi lourd en émotion qu’en puissance musicale, on se dirige un peu penaud vers le bar, dans l’espoir de réussir à se remettre de cette véritable claque musicale. 

Der Weg Einer Freiheit - Photo : Nidhal Marzouk

Quelques pintes plus tard, nous revenons dans la salle avec enthousiasme, alors que Der Weg Einer Freiheit entame le début de son set avec “Morgen” de leur dernier album Noctvrn. Tranchant nettement avec la lenteur mélancolique de ses prédécesseurs, les Allemands nous plongent sans transition dans cette brutalité propre au Black Metal, rythmée par d’incessants blast beats, entrecoupés par des passages plus mélodiques avant de nous faire savourer de puissants retours à la violence. Sans pause, ils enchaînent “Repulsion”, “Am Rande der Dunkelheit” et “Einkehr”, des morceaux tous aussi lourds les uns que les autres. L’ambiance est joyeuse et bon enfant, alors que les musiciens savourent leur retour à Paris, nous faisant profiter autant de leur enthousiasme que de leur technique parfaite. Pour notre plus grand plaisir, ils nous offrent un son d’une pureté incroyable et d’une violence inouïe, régalant ainsi nos oreilles affamées de riffs brutaux. Une belle façon de nous préparer à Amenra…

Amenra - Photo : Nidhal Marzouk

Impatiente de les découvrir enfin pour la première fois sur scène, un tour au bar fut de rigueur afin de maîtriser mon impatience. Je ne saurais comment vous décrire la joie que j’ai ressenti lorsque j’aperçois enfin l’ombre des membres d’Amenra apparaître dans un immense nuage de fumée, acclamés par une foule aussi ravie que je ne le suis moi-même. Après la force et la fougue du groupe précédent, nous revenons à la mélancolie et au désespoir, teinté d’une poésie sombre. Sobre, imposant, Colin Van Eeckhout, le chanteur d’Amenra, s’avance à son tour avant de nous tourner le dos tandis que résonnent les premières notes lourdes de “Razoreater”, rapidement suivies par sa voix furieuse qui nous déchire les entrailles. Derrière eux, des fleurs et des paysages défilent, comme des souvenirs que les musiciens nous partagent au gré de leurs notes. Ils enchaînent avec “De evenmens”, un véritable poème douloureux sur la condition humaine et la souffrance que celle-ci implique, et qui figure parmi leurs plus belles compos. Le souffle coupé, on admire les silhouettes fantomatiques des membres du groupe se mouvant au gré du rythme lent et torturé. Le temps semble s’être arrêté.

Amenra - Photo : Nidhal Marzouk

Et comme pour nous bouleverser davantage, ils jouent “Plus près de toi” de leur album Mass VI, sorti en 2017. Amenra, c’est le calme puis la tempête. La froideur dépressive d’une nuit noire en hiver, et la violence d’un tsunami de rage qui s’abat sur nous, fouillant chaque recoin de notre âme pour en chanter les plus grandes souffrances. Bien entendu, ils jouèrent ensuite “A solitary Reign”, leur titre de loin le plus connu, qui n’est rien d’autre qu’une véritable complainte mélodique sur l’amour, la solitude et la perte, dont le riff est d’une poésie et d’une mélancolie à vous fendre le cœur. On plonge dans la souffrance, on la transcende pour toucher au divin.

Ils s’en vont sans un mot, nous laissant abasourdis et profondément bouleversés par toute cette poésie qui les caractérise. Sur l’écran on voit apparaître une phrase en français : 

“Peu à peu ces fleurs tomberont, il ne restera que les épines”. 

On se relève sans voix, incapable d’aligner deux mots après cette véritable tempête musicale. Rares sont les shows qui nous marquent autant que le font Amenra en un set. 

Igorrr- Photo : Nidhal Marzouk

Mais le banquet musical est loin d’être terminé, et c’est à présent au tour de la tête d’affiche, Igorrr, de faire son apparition. Aussi impressionnant que décadent, ce groupe mélange avec audace de nombreux genres tels que le black métal, la musique baroque et la musique électronique. A peine arrivés sur scène, ils entament les premières notes de “Paranoid Bulldozer Italiano”, un titre de leur dernier album Spirituality and Distortion, dans lequel il continue d’explorer toute la bizarrerie et tout le chaos qui caractérise ce projet musical ambitieux. On a le plaisir de découvrir en live la voix mélodieuse de la nouvelle chanteuse Marthe Alexandre, qui nous vient du monde de l’opéra. Ils poursuivent ensuite leur symphonie infernale avec des titres emblématiques tels que “Spaghetti Forever”, “Hollow Tree”, “Tout Petit Moineau” ou encore “Polyphonic Rust”, nous plongeant ainsi dans un gigantesque opéra chaotique et extravagant, qui mêle la violence du black, des rythmes rapides tirés de la musique électronique avec des symphonies inspirés de l’opéra, où viennent parfois se mêler des influences orientales. Igorrr nous étonne par sa maîtrise de chacun des genres qu’il mélange avec virtuosité et audace, rassemblant des mélomanes venues de tout bord. Et pour finir en beauté ce set décadent et apocalyptique, il termine avec “Very Noise”, nous plongeant ainsi une dernière fois dans de l'expérimental pur, qui n’est rien d’autre que sa signature. 

Igorrr- Photo : Nidhal Marzouk

On ne peut pas nier, ce fut une soirée riche en émotions. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut profiter d’un tel line up aussi puissant qu’unique, et qui fut un vrai festin musical. Me voilà rassasiée… jusqu’au prochain ! 

Anna Grésillon

PS : Merci à Nidhal Marzouk, légende photographique de la scène Metal nationale, pour son aimable contribution


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